Balades, Londres, Photographie

Les détours imprévus

October 30, 2016

Je disais la dernière fois que j’arrêtais de programmer ma vie ici pour profiter, et de toute façon, rien ne se passe comme prévu. J’étais censée avoir un très bon anglais, et en arrivant ici la dégringolade a été rude. Si ma compréhension écrite reste excellente, ma compréhension orale souffre de lacunes, et je me suis vite rendue à l’évidence : je ne savais pas vraiment parler anglais. Je balbutie, j’oublie mon vocabulaire, et j’ai cet accent franchouillard insupportable qui résonne bien trop fort à mon goût. Un constat un peu difficile pour moi, titulaire d’une licence d’anglais et lisant la plupart de mes livres en anglais. J’étais censée être “la forte en anglais” et me fondre comme un poisson dans l’eau. Au lieu de ça, je me découvre des faiblesses et ai du mal à déguiser mon malaise face à cet idéal perdu et ces conversations raccourcies par manque de confiance.

Mais puisque rien ne sert de se lamenter, j’essaie de lutter à ma façon et d’apprendre. De me confronter le plus possible à la langue de Shakespeare entre deux recherches de boulot. De suivre un tour guidé de Londres me révélant les secrets du tournage d’Harry Potter, me confrontant pendant deux heures à l’accent british d’un guide londonien pur jus. De confronter les accents au pub, où les collègues de mon amoureux, Français, Polonais, Néo-Zélandais, se retrouvent après le travail pour une ou cinq pintes. De regarder les infos sur la BBC, d’écouter les gens dans le métro, dans la rue, dans les magasins.

Rien ne se passe comme prévu, et même mes balades prennent des détours inattendus. Cet après-midi là, j’avais prévu de me diriger vers Primrose Hill et son point de vue incontournable sur l’ensemble de Londres. Et puis je suis descendu quelques arrêts de métro plus tôt, et ai décidé de me perdre dans les rues de Fitzrovia. D’explorer les mews plus ou moins cachées, de me repérer grâce à la BT Tower, toujours entraperçue entre deux bâtiments, et de tomber amoureuse des façades fleuries et atypiques surgissant à un coin de rue. Rien ne se passe comme prévu, mais je continue d’explorer avec plaisir, à chaque pas de plus en plus consciente de cette chance folle.

Mes pas m’ont ensuite menée jusqu’à Regent’s Park, qui revêt en ce moment son manteau d’automne à merveille. Je pensais que le Canada était le grand gagnant dans l’esthétique d’automne à base d’allées jonchées de feuilles orangées et d’arbres aux couleurs mordorées, mais Londres se défend très bien à ce petit jeu. Alors j’ai oublié mon programme, et comme les gamins, j’ai traîné mes bottes dans les feuilles mortes, j’ai chassé les écureuils du regard, j’ai respiré. Octobre, tu étais surprenant, j’espère que novembre en sera de même.

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8 Comments

  • Reply Aline October 30, 2016 at 12:10 pm

    Écureuil !!

    Elles sont belles, tes images de balades londoniennes <3 Ça donne très envie de venir explorer avec toi 😉

    Courage pour ton perfectionnement de l'anglais !

    • Reply Charlie October 30, 2016 at 12:41 pm

      Tu sais que pendant que je prenais ces photos des écureuils, un mec est venu me parler, et le temps que je comprenne qu’il me draguait et qu’il fallait que je m’en débarrasse, y’avait trois écureuils qui jouaient ensemble derrière et que j’ai ratés à cause de lui. 🙁

      Merci pour les photos ! Tu viens explorer les petites rues de Londres avec moi quand tu veux, tu le sais 😉 Chaque jour je me dis “han je suis pas encore allée là !” et Adrien me rappelle qu’on n’est pas là juste pour une semaine, qu’on a le temps… 🙂

  • Reply Marion October 30, 2016 at 12:11 pm

    Je me souviens de quand j’ai moi-même débarqué à Londres pour mon année Erasmus. Comme toi, j’ai toujours plus ou moins eu l’étiquette de la “douée en anglais” (ma meilleure amie m’a avoué récemment que lorsqu’elle pense “anglais”, elle pense à moi, plutôt qu’à notre amie qui vit en Californie depuis 3 ans). Mais tout de même, l’accent anglais, parfois très marqué, est bien loin de ce qu’on entend régulièrement dans les séries américaines mainstream. Du coup je m’étais “préparée” en regardant les chaines YouTube des Pixiwoo et du frangin Jim Chapman. Niveau compréhension orale, le fait d’être étudiante m’a obligée à devenir bonne assez vite, parce que sinon il est impossible de suivre les cours, et ça peut poser problème… L’expression orale est ce qu’il y a de plus compliqué à mon sens. Je suis du genre à devoir préparer ma phrase dans ma tête avant d’oser la dire, mais suivant les situations, ce n’est pas toujours possible, et souvent la connexion entre le cerveau et la bouche est assez mauvaise. Je n’ai pas envie de t’encourager à te prendre des cuites, mais il parait qu’on devient très fort en langues étrangères lorsqu’on est un peu éméché .
    Courage. Il me semble que tu prends toutes les bonnes dispositions pour réussir à surmonter ce petit imprévu. Tout est une histoire de muscle qu’il faut développer. Ça va venir plus vite que tu ne le penses

    • Reply Charlie October 30, 2016 at 12:45 pm

      Merci pour ces encouragements ! Effectivement, regarder une série US sans les sous-titres n’a rien à voir avec la compréhension orale telle que je l’expérimente ici. J’ai enfin arrêté de faire répéter mon interlocuteur systématiquement, je vois déjà que je m’améliore petit à petit, mais ce constat a quand même était très frustrant au début.
      Pour la conversation, je suis comme toi, j’aime bien préparer mes phrases et expressions mais c’est clair que tu n’as souvent pas le choix. Je me rejoue souvent des conversations dans la tête une fois qu’elles ont eu lieu en me disant que j’aurais dû dire ça, etc. J’imagine que ça viendra à force de pratiquer, au fur et à mesure !
      Pour la cuite, c’est rigolo, car je trouve que c’est plus dur encore de bafouiller en anglais après quelques pintes (mais au moins tu te lâches et tu as moins conscience de tes faiblesses, c’est vrai). Mais bon, même si je me plains, j’arrive à communiquer, et je trouve ça assez fabuleux de boire une bière en compagnie d’un Polonais et d’un Néo-Zélandais et de pouvoir discuter avec eux de plein de sujets (avec en plus une jolie vue sur The Monument, que demander de plus ?).

  • Reply Samsha October 30, 2016 at 10:27 pm

    Magnifique! Ne t’inquiète pas pour ton niveau d’anglais, c’est un peu normal surtout qu’en France nous ne sommes pas fortiche fortiche dans l’apprentissage des langues. J’ai fait tout mon cycle universitaire en double cursus de droit franco/anglais et pourtant quand j’ai débarqué à Londres pour étudier j’étais un peu perdue! Je me suis également rendue compte que je ne maitrisais pas du tout la langue de Shakespeare et je me suis sentie un peu bête. Je n’osais plus trop parler et je suis beaucoup sortie avec des expat du coup. Pourtant ça a fini par venir, à son rythme. Je ne suis pas restée assez longtemps pour être bilingue mais je pense que ça aurait fini par venir … Bon maintenant (2ans après) le fruit de mes effort a un peu disparu et je pense être revenue à mon niveau d’avant départ mais bon… Keep working 😉

    • Reply Charlie October 31, 2016 at 12:46 pm

      Merci ! C’est sûr qu’en France on n’est pas vraiment doués sur ce sujet, en trois ans de licence j’ai eu à peine quelques heures de pratique orale… Combien de temps es-tu restée étudier à Londres ? J’imagine que ça viendra avec le temps, à chaque fois fois que je me sens frustrée ou bloquée, je me rappelle que ça ne fait que quelques semaines que je suis sur place !
      Merci pour les encouragements en tout cas, je les garde en mémoire. 🙂

  • Reply Sarah October 31, 2016 at 8:18 pm

    C’est souvent grâce à l’imprévu qu’on découvre les plus belles choses 😉

    • Reply Charlie November 1, 2016 at 1:13 pm

      Exactement : accueillons l’imprévu comme il se doit alors. 🙂

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