Littérature, Mots, Reviews

Trois lectures

February 1, 2017

Cette année, plutôt que de faire chaque mois le bilan de mes lectures des semaines précédentes, j’ai plutôt envie d’espacer les rétrospectives et de parler des livres qui m’ont plu ou marqué ponctuellement et sans forcément attendre un récapitulatif de mes lectures (que vous pouvez toujours retrouver sur Goodreads si ça vous intéresse).

Je me suis comme depuis quelques années lancé un challenge Goodreads en me fixant pour 2017 un objectif de 60 livres à lire. Comme d’habitude, pas de course à la lecture ni de contrainte, mais j’aimerais essayer de m’éloigner de ma zone de confort et de découvrir des types d’ouvrages ou des genres que je n’ai pas forcément l’habitude de lire.

En ce début janvier… Les femmes sont au pouvoir !

Reader, I Married Him


En 2016, pour le bicentenaire de la naissance de Charlotte Brontë, la Brontë Society a demandé à Tracy Chevalier de diriger un ouvrage rassemblant des nouvelles de 21 autrices. Un seule contrainte : s’inspirer de ce chef-d’oeuvre qu’est Jane Eyre, et de la célèbre citation qui ouvre son dernier chapitre : “Reader, I married him”.

Comme dans tout recueil de nouvelles (et c’est peut-être pour ça que j’en lis trop peu), certaines histoires touchent plus que d’autres, mais le plus intéressant reste de voir comment chaque autrice s’est appropriée l’oeuvre et la citation, et les histoires qui en découlent. Certaines n’ont qu’un lien ténu avec Jane Eyre qu’il est parfois difficile d’appréhender ; d’autres reprennent des personnages du roman, pour mon plus grand plaisir :  c’est toujours intéressant de voir des auteurs publiés avoir les mêmes goûts que nous… et de savoir qu’eux aussi peuvent s’amuser à écrire des fanfictions pour raconter leur version d’une histoire connue ! Parmi ces nouvelles, on trouve en vrac Grace Poole qui raconte sa version de l’histoire, les Rochester mariés en pleine thérapie de couple, un Mr Rochester tour à tour impuissant et manipulateur, ou encore une Jane enfant toujours dans un orphelinat, mais pendant la Seconde Guerre Mondiale.

D’autres nouvelles s’intéressent au mariage, à sa définition, sa perception et ses membres. Regrets, rêves, illusions, désastres, union heureuse… De nombreux thèmes sont explorés, tout en mettant en scène des personnages colorés venus des quatre coins du monde. Parmi mes coups de coeur de cet ouvrage : Reader I Married Him, nouvelle qui porte le même titre que l’ouvrage et qui apporte un éclairage intéressant sur un couple dont on a dit beaucoup de choses, ou encore Since I First Saw Your Face d’Emma Donoghue, plein de poésie et de mélancolie sur une relation lesbienne éphémère dans une maison de convalescence suisse. Une jolie découverte, qui m’a évidemment donné envie de relire les oeuvres des soeurs Bontë.

Go Set a Watchman

Go Set a Watchman est le 2e et dernier roman d’Harper Lee. Il a été décrit à sa parution comme une suite, 55 ans plus tard (!!), de To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur en VF). Vingt ans plus tard, la petite Scout a grandi, travaille à New York, et revient à Maycomb, Alabama pour rendre visite à son père. Bien que l’on retrouve une Scout adulte, j’ai du mal à le considérer comme une suite et le perçois plus comme un brouillon d’idées. De nombreuses scènes semblent avoir été écrites pour To Kill a Mockingbird, puis abandonnées par manque de place et reléguées dans cet ouvrage pas tout à fait fini (et, au vu des polémiques entourant sa publication, pas forcément destiné à être publié).

Go Set a Watchman a beaucoup déçu, notamment à cause de ce qui est vu comme LA problématique du roman : Atticus Finch, ce papa avocat chouchou du public, est dépeint sous un jour bien différent qu’il y a 50 ans. Difficile d’apprendre que l’un de ses personnages fétiches est raciste : et pourtant, je trouve que c’est ce qui fait la force du roman (mais je n’ai pas porté ce roman avec moi depuis l’enfance, comme de nombreux Américains qui l’étudient en cours, et c’est probablement ce qui fait toute la différence).

Sans avoir une intrigue folle, le roman se concentre sur des thèmes qui me parlent beaucoup, comme les oeillères que l’on peut avoir par rapport à une personne, une situation. Scout, qui s’étonne de se découvrir un père raciste, s’empresse d’accuser, de rejeter, mais elle semble débarquer et découvrir une situation dans laquelle elle a grandi sans forcément se poser des questions. Désacralisation du héros, oui, mais Scout doit également remettre en question ses préjugés et convictions au passage en les examinant au prisme de son enfance dans le Sud des Etats-Unis à une période où la ségrégation était encore très populaire.

Les pages débordent également de nostalgie, entre souvenirs d’enfance et lutte contre le temps qui passe. Le plus dur, dans l’âge adulte, c’est de réaliser que rien ne sera plus comme avant, et qu’il ne reste que les souvenirs. Voilà pourquoi, malgré les défauts du livre (son côté brouillon et son intrigue légère), j’en retiens de jolies choses et une mélancolie à peine dissimulée.

The Sealed Letter

Emma Donoghue, le retour ! The Sealed Letter suit l’histoire de deux amies dans l’Angleterre victorienne. L’une, Helen, fraîchement rentrée à Londres, est mariée à un homme qu’elle n’aime pas ; l’autre, Emily “Fido”, est éditrice d’un journal et l’une des pionnières du mouvement féministe britannique. Quand cette dernière tente d’aider Helen, elle se retrouve mêlée à des intrigues amoureuses et à des accusations d’adultère.

J’avoue d’emblée ne pas avoir été marquée par l’amitié des deux femmes, si tant est qu’on puisse parler d’amitié : la relation semble en effet unilatérale, et Helen m’a vite parue ennuyeuse et manipulatrice sans charme. Non, ce que je retiens de ce roman, c’est Fido, féministe avant l’heure, tiraillée pendant tout le roman entre sa loyauté à son amie, ses convictions et la loi. Amenée à intervenir dans un divorce, le dilemme se pose vite : malgré ses fautes, jusqu’où peut-on aller pour défendre une amie d’une loi injuste, cruelle et qui la priverait de tout ? Un rappel salutaire sur les lois de divorce britanniques du 19e siècle, qui étaient presque systématiquement en faveur du mari, et où la seule chose pire que l’adultère dans une affaire de divorce était peut-être l’athéisme.

Ce n’est pas un roman qui me marquera à vie (bien que j’apprécie toujours la prose d’Emma Donoghue), mais un portrait intéressant (bien qu’en second plan) d’un mouvement féministe débutant dans une Angleterre qui se défait peu à peu de ses carcans puritains.

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