Littérature, Mots, Reviews

Trois lectures #2

April 3, 2017

Un nouvel article sur trois lectures récentes qui m’ont marquée, chacune à leur manière. Encore une fois, trois autrices sont à l’honneur, et même si je ne l’ai pas fait volontairement, j’aime beaucoup ce hasard !

My Real Children, de Jo Walton

Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Elle se rappelle très précisément de son enfance, de ses études à Oxford, puis d’une demande en mariage qu’elle a acceptée, la menant à une vie. De cette même demande en mariage, qu’elle a refusée, la menant à une autre existence. Ainsi, Patricia sait qu’elle a trois enfants. Ou quatre. Elle a vécu tous ses étés en Italie. Ou bien en Angleterre. Elle était mère au foyer. Mais elle se rappelle également avoir été rédactrice de guides de voyage. Elle a été mariée avec Mark. Elle a vécu avec Bee. L’une de ces vies est-elle plus réelle que l’autre ?

L’éternelle indécise que je suis aime beaucoup les oeuvres en rapport avec le choix, et surtout ceux pour lesquels on n’a pas opté. “Et si…” doit être l’une de mes phrases préférées, et j’adore la voir apparaître sur le résumé d’un livre. Jo Walton me gâte ici, offrant la réponse à la question “que se serait-il passé si Patricia avait refusé la demande en mariage de son ami Mark ?”.

On découvre ainsi en alternance, un chapitre sur deux, le destin de Trish, femme au foyer pas très heureuse qui se sacrifie pour son mari, mais aussi celui de Pat, écrivaine à succès de guides de voyage sur l’Italie, où elle passe tous ses étés. Deux vies qui ne prennent pas du tout le même chemin, et qui prennent place dans des mondes différents, où les avancées technologiques et les conflits géopolitiques ne se ressemblent pas. D’un côté, on peut se marier sur la lune. De l’autre, le nucléaire a fait bien trop de dégâts.

Un beau roman qui met un peu de temps à démarrer, qui demande quelques secondes d’adaptation à chaque début de chapitre, mais dont le chemin et la balade entre ces deux vies sont bien plus importants qu’un improbable twist sur ces vies parallèles ou une résolution claire.

It was the same year, whichever year it was. It was just that things were different, things that shouldn’t have been different. She had four children, or three. There was a lift in the nursing home, or there was only a stairlift. She could remember things that couldn’t simultaneously be true. She remembered Kennedy being assassinated ans she remembered him declining to run again after the Cuban missile exchange. They couldn’t both have happened, yet she remembered them both happening. Had she made a choice that could have gone two ways and thereafter had two lives? Two lives that both began in Twickenham in 1926 and both ended here in this nursing home in 2014 or 2015, whichever it was?

Voir la fiche du livre sur Goodreads

The Wonder, d’Emma Donoghue

Infirmière ayant été formée sous la tutelle de la célèbre Florence Nightingale, Lib Wright est envoyée en Irlande vers une patiente bien particulière : Anna, 11 ans, prétend n’avoir rien mangé depuis 4 mois, et demeure pourtant en bonne santé. Un comité décide de faire surveiller cette jeune patiente 24h/24 pendant deux semaines par Lib ainsi que par une bonne soeur, afin de déterminer si, au fin fond de cette Irlande très religieuse, ils sont en train d’assister à une fraude ou à un miracle…

Pour être tout à fait honnête, il m’a fallu pas loin d’une centaine de pages pour vraiment “entrer” dans ce roman qui prend son temps. L’ensemble du roman se déroule sur quinze jours, et l’essentiel de l’ouvrage se concentre sur les longues heures de garde de Lib, convaincue au départ que sa jeune patiente ment et se procure de la nourriture en cachette. Pendant ces longues sessions, Lib apprend peu à peu à connaître Anna, à la piété indéfectible et qui passe le plus clair de son temps à prier et à clamer qu’elle se contente de nourriture divine pour vivre. J’avoue avoir été un peu perdue par toutes ces références à la religion, et encore plus quand s’ajoutent les superstitions irlandaises considérées par les gens du village comme sacrées.

Forcément, Lib s’attache à celle qu’elle considérait au départ comme son ennemie, et c’est alors un nouveau pan de l’histoire qui s’ouvre : la recherche de la supercherie n’est soudain pour Lib plus aussi importante que l’état de santé de sa jeune protégée et de ce qui adviendra d’elle après ces quinze jours de garde. J’ai indéniablement préféré cette deuxième partie à la première, grâce au rythme qui semble s’accélérer, à la relation particulière tissée entre l’infirmière et sa patiente, et aux diverses révélations logiquement amenées. Un roman qui vaut le coup que l’on insiste un peu et qui, malgré sa narration pouvant sembler austère, cache une histoire puissante et une jolie relation.

Adults could be barefaced liars too, of course, and about no subject so much as their own bodies. In Lib’s experience, those who wouldn’t cheat a shopkeeper by a farthing would lie about how much brandy they drank or whose room they’d entered and what they’d done there. Girls bursting out of their stays denied their condition till the pangs gripped them. Husbands swore blind that their wives’ smashed faces were none of their doing. Everybody was a repository of secrets.

Voir la fiche du livre sur Goodreads

The Versions of Us, de Laura Barnett

En 1958, deux étudiants, Eva et Jim, se rencontrent par hasard à Cambridge, à cause d’un chien indiscipliné et d’un pneu de bicyclette crevé. Intrigué par Eva, Jim l’invite à prendre un verre. De cet événement anodin, et de la réponse d’Eva à cette simple question, trois futurs possibles émergent, trois vies différentes. Et s’ils étaient tombés amoureux, écartant par-là le petit ami d’Eva, David ? Et s’ils n’avaient échangé que quelques mots avant de chacun reprendre sa route ? Et s’ils s’étaient connus, explorés, puis séparés ?

Je ne vous ai pas menti en vous disant que j’aime beaucoup les “et si ?” et les simples décisions qui peuvent changer une vie, puisque j’ai lu ce livre peu de temps après My Real Children, consciente que le postulat de départ et la forme des deux ouvrages étaient similaires. The Versions of Us jongle entre trois vies différentes, sur le même principe d’alternance des chapitres, et j’admets qu’un petit exercice de gymnastique mentale était souvent nécessaire au début des chapitres afin de se remémorer la situation des personnages dans tel monde.

L’univers dans lequel évoluent les personnages de ces trois vies reste le même, et j’ai apprécié explorer les relations qu’ont Eva et Jim avec leur famille, amis, collègues dans ces vies parallèles. Si certaines de leurs actions semblent similaires, leurs réactions, pensées sont singulières à chaque parcours, et il devient progressivement un peu plus facile de reconnaître “telle Eva” et “tel Jim”, et de s’attacher à eux en les suivant tout au long de leurs différentes vies. Un joli ode aux actes manqués, à toutes ces vies que l’on n’a pas vécues et que l’on ne vivra jamais, à part dans la fiction : une belle histoire pour l’indécrottable nostalgique que je suis.

He is old enough now to know happiness for what it is: brief and fleeting, not a state to strive for, to seek to live in, but to catch when it comes, and to hold on to for as long as you can.

Voir la fiche du livre sur Goodreads

You Might Also Like

2 Comments

  • Reply Aline April 4, 2017 at 9:32 pm

    Et hop, de nouveaux ajouts à ma liste de livres à lire :p

    Tiens d’ailleurs pour contrer ton alliance avec mon libraire pour me ruiner, je me suis inscrite à la bibliothèque ! (ce qui pour l’instant ne m’a pas empêchée de quand même acheter des livres, mais eh, c’est important de faire vivre les commerces de ma ville non ?)

    • Reply Charlie April 10, 2017 at 1:46 pm

      Zut, tu as déjoué nos plans maléfiques ! Mais c’est bien les abonnements à la bibliothèque, perso ça m’a permis de découvrir des ouvrages que je n’aurais probablement pas lus avant…
      J’espère que dans ta bibliothèque figure en bonne et due place votre roman national, L’Affaire Harry Quebert. 🙂

    Leave a Reply