Littérature, Reviews

Quatre lectures

June 7, 2017

J’ai l’impression de lire un peu moins que d’habitude en 2017. Ca me chagrinait un peu au début, car j’ai en ce moment beaucoup de temps à dédier à la lecture, mais je me suis toujours promise de ne jamais me forcer à lire un livre. Après une petite baisse de régime en avril, ces quelques ouvrages ont cependant réveillé mes envies de lectures et, pour certains, m’ont tenue éveillée jusqu’à pas d’heure. Voici donc 4 ouvrages qui ont égayé mon mois de mai !

The Last One, d’Alexandra Oliva

Douze participants se lancent dans une émission de télé-réalité qui a pour but de tester leurs capacités à vivre et surtout survivre seuls, en pleine nature, sans contact avec la civilisation, et face à des obstacles plus ou moins naturels. L’une des candidates, Zoo, se l’est promis : cette émission est la dernière aventure qu’elle s’autorise avant de se poser et de fonder une famille avec son mari. Au fil des jours, ses maigres contacts avec l’équipe de production se raréfient, et les épreuves deviennent de plus en plus sauvages et dangereuses. Zoo pense que cela fait toujours partie du jeu. Car sans communication avec le monde extérieur, difficile d’imaginer que l’impensable a eu lieu, et que ces lieux désolés et vides qu’explorent Zoo ne sont pas qu’un simple décor…

Je commence à avoir lu pas mal d’ouvrages de littérature post-apocalyptique, et la différence de traitement et de point de vue sur un sujet qui pourrait être considéré comme “trop vu” me fascine. La particularité de celui-ci est d’avoir pour héroïne une femme qui ne sait pas encore qu’elle est désormais confrontée à un monde qui n’a plus grand chose à voir avec celui qu’elle a quitté quelques semaines plus tôt. On suit donc Zoo en en sachant bien plus qu’elle sur la situation, grâce à des flashbacks du début du tournage de l’émission, où l’on perçoit peu à peu comment et à quelle vitesse le monde a été bouleversé.

Que serait-on prêt à faire pour survivre ? Lorsque l’on perd tous ses repères, comment faire la distinction entre fiction et réalité ? Et dans un monde en ruines, souhaite-t-on vraiment faire cette distinction ? Le parcours de Zoo, devant les caméras et surtout en dehors, questionne cette notion de survie à chaque instant. En filigrane s’ajoute une réflexion sur les médias et leur capacité à manipuler, notamment lors du montage d’émissions de type télé-réalité. Ce n’est heureusement pas le propos premier du livre, mais de nombreuses allusions nous rappellent que ce que l’on peut voir n’est qu’une des vérités que l’on pourrait présenter. J’ai fini ce livre un soir avant d’aller me coucher, et mon cerveau en ébullition a bien eu du mal à trouver le sommeil ensuite.

They’ll wait until I’m asleep – or nearly asleep – to strike. That’s how they do it; they blur the line between reality and nightmare. They give me bad dreams, and then they make them come true.

Voir la fiche du livre sur Goodreads

 

Not My Father’s Son, d’Alan Cumming

D’Alan Cumming, je ne connaissais que son rôle savoureux dans la série The Good Wife ainsi que son engagement pour la cause LGBT. Je ne savais pas spécialement à quoi m’attendre en ouvrant ce livre, si ce n’est que beaucoup de critiques le distinguaient des autobiographies plus “classiques”. Et en effet, on suit ici Alan Cumming pendant le tournage de l’émission anglaise Who Do You Think You Are, où une équipe de généalogistes aident une célébrité à fouiller dans son arbre généalogique et, en général, à résoudre un mystère entourant l’un de ses ancêtres.

Alan se lance dans cette aventure en espérant en apprendre un peu plus sur son grand-père maternel, qui a déserté les siens une fois la Seconde Guerre Mondiale finie, et qui est mort une dizaine d’années plus tard en Malaisie. Peu avant le tournage de l’émission, il apprend cependant un autre lourd secret de famille, tournant autour de son père, qui l’oblige à se replonger dans le passé et à confronter cet homme tyrannique avec lequel il n’avait plus de contact.

Alternant entre l’enfance pas très heureuse d’Alan, en proie à un père dur et violent, et ses souvenirs de son état d’esprit lors du tournage de l’émission, Not My Father’s Son évite de tomber dans le pathos ou le larmoyant. Alan reconnaît qu’il a subi un abus émotionnel extrêmement violent, mais il n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières : il souhaite juste faire enfin face à son passé, avec toutes les cartes en main, pour enfin le mettre derrière lui et avancer sans ces zones d’ombre qui le suivent depuis son enfance. C’est touchant sans être voyeur, la narration est intrigante et nous entraîne entre New York, Londres, la France et la Malaisie. On se surprend à voir du suspense et une intrigue de roman policier dans cette quête pour apprendre à mieux connaître sa famille, ainsi que soi-même, et l’on devient aussi impatient qu’Alan de découvrir ce qu’il s’est réellement passé. Des mémoires très particuliers effectivement, sorte de thérapie familiale enfin achevée.

Memory is so subjective. We all remember in a visceral, emotional way, and so even if we agree on the facts—what was said, what happened where and when—what we take away and store from a moment, what we feel about it, can vary radically.

Voir la fiche du livre sur Goodreads

 

The Princess Diarist, de Carrie Fisher

Un autre ouvrage de type autobiographique, cette fois-ci de l’inénarrable et très regrettée Carrie Fisher. Contrairement à beaucoup, je n’ai pas grandi avec Star Wars et n’ai été exposée qu’assez récemment à la brillance de Carrie Fisher. Son utilisation de l’humour et de l’ironie lors de ses interviews et interventions publiques ainsi que ses convictions m’ont donné envie d’en apprendre un peu plus sur elle. J’ai ainsi lu une autre de ses autobiographies, Wishful Drinking, avant de m’attaquer à The Princess Diarist. Ce dernier ouvrage se concentre sur le tournage du premier épisode de Star Wars, et sur l’état d’esprit de la jeune Carrie, 19 ans, qui commence à incarner un rôle dont elle ignore encore à quel point il lui collera à la peau durant toute sa vie.

Wishful Drinking mettait l’accent sur la résilience de l’actrice face aux épreuves qu’elle a pu traverser, et traitait avec un recul incroyable et un humour certain ses maladies, son usage de l’alcool et des drogues, ainsi que sa relation avec son entourage. Ici, The Princess Diarist nous dévoile une autre facette de Carrie : celle d’une adolescente timide, peu sûre d’elle, à peine sortie de l’école et un peu perdue au milieu de cet univers masculin qu’est le tournage d’une des plus grandes trilogies de tous les temps. Là où Wishful Drinking m’avait fait rire, The Princess Diarist m’a mis une boule dans la gorge à la lecture des journaux que tenait Carrie à l’époque du tournage, et qui dévoile une estime de soi si faible qu’elle brise le coeur. J’ai moi-même quelques problèmes avec l’estime de soi et la perception que les gens peuvent avoir de nous, et lire ces extraits de vie si vieux et pourtant si actuels m’a énormément touchée. Carrie adolescente découvrait la vie, avait peur que les gens se détournent d’elle après avoir découvert qu’elle n’était pas la personne qu’ils pensaient, et était déçue que ces mêmes personnes soient tombé dans le panneau et n’aient pas percé plus vite la façade.

Un long passage de ces mémoires concerne la relation que Carrie Fisher a entretenu avec Harrison Ford. Si Carrie s’explique sur ses motivations à dévoiler ce secret qu’elle a su si bien garder pendant des années, ce chapitre oscille entre confession enfin révélée et une pointe de voyeurisme qui a fait les joies des tabloïds. Cependant, nulle accusation, nulle trace de remord, de regrets : ce qui est fait est fait, et Carrie Fisher évoque tous ces souvenirs avec une incroyable tendresse et une plume bien affutée. Encore une fois, une autobiographie qui sort de l’ordinaire, et qui remue le couteau dans la plaie : Carrie Fisher nous a décidément quittés beaucoup, beaucoup trop jeune.

I need to write. It keeps me focused for long enough to complete thoughts. To let each train of thought run to its conclusion and let a new one begin. It keeps me thinking. I’m afraid that if I stop writing I’ll stop thinking and start feeling.

Voir la fiche du livre sur Goodreads

 

The Girl With All The Gifts, de M. R. Carey

Tous les matins, Melanie attend dans sa chambre qu’on vienne la chercher. Tous les matins, des soldats l’installent dans une chaise roulante, l’attachent, et l’amènent jusqu’à sa salle de classe pour rejoindre ses condisciples. Là, Melanie suit des cours, apprend les mythes grecs et les histoires, s’étonne d’apprendre que dehors poussent des arbres et des fleurs, et s’attache à son institutrice. Elle ne comprend pas la tristesse de Miss Justineau lorsque Melanie lui parle du monde extérieur ou de son futur. Elle ne comprend pas plus que certains de ses camarades disparaissent après être passés dans le laboratoire du Dr Cadwell…

C’est assez difficile de parler de ce livre sans en dire trop, car sa force réside essentiellement dans son approche originale d’un sujet vu et revu (qui ne m’a personnellement jamais particulièrement passionnée, toute fan de science-fiction et d’univers post-apocalyptique que je puisse être). Je savais un peu de quoi le livre parlait, et je crois que j’aurais encore plus aimé l’aborder sans rien en savoir.

Melanie est un personne très attachant, et l’on devine vite, à travers le récit de son quotidien et de ses conditions de vie, toute l’histoire qui peut se dérouler en arrière-plan. L’équilibre de vie fragile de Melanie est cependant vite chamboulé, et commence alors une autre aventure. La quête des personnages, en recherche d’un refuge sécurisé, n’est pas exempte de clichés, mais l’aspect scientifique mêlé à la réalité de la survie tient en haleine. Comme bien souvent, l’importance est dans le voyage, pas la destination, et la fin ouverte et non-dénuée d’espoir est une belle conclusion à ce livre qui se démarque un peu de l’ordinaire.

They talk for a little while longer about the things that have happened, wrapping the violence up in careful, delicate words so it feels less horrible. Melanie finds this interesting in spite of herself – that you can use words to hide things, or not to touch them, or to pretend that they’re something different than they are.

Voir la fiche du livre sur Goodreads

You Might Also Like

2 Comments

  • Reply Marion June 8, 2017 at 12:32 pm

    L’autobiographie d’Alan Cumming me fait de l’oeil depuis quelle est sortie. Je ne connais pourtant pas bien l’homme ou l’acteur. Je n’ai jamais regardé The Good Wife, et son seul rôle qui me vienne en tête est Nightcrawler dans X-Men 2.

    • Reply Charlie June 8, 2017 at 7:17 pm

      Si elle te fait de l’oeil depuis si longtemps, je t’encourage vivement à la lire alors. 🙂 Le fait de ne pas trop connaître Alan Cumming ne joue pas dans l’appréciation de son livre (enfin, je n’ai pas l’impression). Son rôle dans The Good Wife a l’air aux antipodes de qui il est réellement de toute façon. 😉

    Leave a Reply