Littérature, Mots, Reviews

Trois lectures #3

September 26, 2017

Ça commençait à faire longtemps que je n’étais pas venue parler bouquins par ici. 2017 manque un peu de lectures marquantes, et ni juillet ni août n’ont été très prolifiques littérairement parlant : j’ai privilégié des relectures et ne suis pas spécialement sortie de ma zone de confort. La fin d’été a été un peu plus constructive, avec notamment les trois lectures suivantes : un thriller, de la science-fiction et un récit de vie.

He Said/She Said, d’Erin Kelly

En 1999, Laura et Kit assistent à une éclipse totale au sein d’un festival. Dans l’instant qui suit l’éclipse, Laura est témoin d’une attaque sur une jeune femme, Beth, et témoigne en sa faveur au procès qui s’ensuit, forgeant une relation amicale avec la jeune femme. Quinze ans plus tard, Laura et Kit ont changé de nom, vivent cachés, ne laissant aucune trace d’eux sur Internet. Laura, enceinte, est sujette à d’importantes crises d’angoisse et semble terrifiée par l’idée que Beth, ou son agresseur, les retrouve…

Je ne savais que très peu de choses de ce thriller avant de le commencer, et je crois que c’est la meilleure façon de l’appréhender – je n’en peux plus de tous ces romans estampillés “le nouveau Gone Girl” ou “dans le même registre que La Fille du Train” où tu t’attends donc forcément à des twists de malade tout au long de l’histoire et où tu es forcément déçu. La progression de l’histoire prend ici son temps, on ne reconstitue que petit à petit ce qui a pu se passer pendant toutes ces années entre tous les protagonistes.

Les personnages sont l’un des points forts du roman : terriblement humains et imparfaits, ils sont brillamment dessinés par l’auteur. Laura en particulier, dont l’angoisse transpire dans les pages et m’a contaminée, me donnant ainsi une boule au ventre et un sentiment de malaise que ceux familiers avec l’angoisse connaissent bien, et qui disparaissaient une fois que je lâchais le livre. Les notions de secret, de justice, de morale s’entremêlent tout au long du livre, le tout rythmé par plusieurs éclipses, phénomène naturel tour à tour attendu et maudit. Une forte surprise, malgré l’angoisse contagieuse et le début peut-être un peu austère.

The stress hormones of adrenaline and cortisol, when pumped in sufficient quantity, rival anything you can smoke or swallow. Within a year of the Lizard, I would envy those who could dry out in rehab. When you suffer from anxiety, you carry an endless supply.

 

Lock In, de John Scalzi

Dans un futur indéterminé, une grippe se propage à tout vitesse à travers le globe. Parmi les malades, certains ne souffrent que de fièvre et de maux de tête. Des milliers d’autres, sans distinction de nationalité, d’âge ou de classe sociale, développent une méningite, puis tombent dans un stade de “lock in” : prisonniers de leur propre corps, ils voient, entendent et comprennent, mais ne peuvent bouger, parler ou communiquer avec l’extérieur. Cette étrange maladie, baptisée “le syndrome d’Haden”, bouleverse la recherche médicale, ainsi que le développement de nouvelles technologies afin de mieux intégrer les malades d’Haden au sein de la société. L’un de ces malades, Chris Shane, s’engage dans le FBI et se retrouve confronté, dès sa première enquête, au syndrome d’Haden et à toute la complexité qu’engendre ce nouveau statut.

Clairement, c’est l’univers dans lequel se déroule l’intrigue et non celle-ci en elle-même qui m’a attirée dans ce roman. La maladie et son évolution sont brièvement décrites en début de roman, mais je suis restée un peu sur ma faim ; j’ai par exemple un peu lutté pour comprendre le système de Personal Transport décrit dans le livre. On en apprend bien plus dans une novella publiée gratuitement sur Internet par l’auteur, avant même la sortie de Lock In ; la lecture de celle-ci alors que j’étais à 20% à peine m’a bien aidée à mieux appréhender le contexte. Même si on peut se débrouiller sans cette aide externe, elle reste passionnante à lire pour creuser un peu le sujet.

Cette difficulté à bien saisir tous les enjeux et aspects du syndrome d’Haden et des solutions trouvées pour intégrer ceux qui en sont atteints à la société pèse un peu sur l’intrigue, qui reste fascinante au demeurant. Les victimes d’Haden, par exemple, ont la possibilité d’emprunter le corps d’un volontaire pour se mouvoir : quid de la notion de responsabilité ? D’humanité, d’individualité ? Le mélange d’enquête et d’humour fonctionne à merveille, les interrogations sur la société sont somme toutes assez actuelles, et je serais curieuse de voir la direction qu’empruntera l’auteur dans le tome suivant, ce roman étant apparemment le premier d’une série.

Making people change because you can’t deal with who they are isn’t how it’s supposed to be done. What needs to be done is for people to pull their heads out of their asses. You say ‘cure.’ I hear ‘you’re not human enough.


 

The Unseen World, Liz Moore

Dans les années 1980 à Boston, Ada Sibelius est élevée par son père David, directeur d’un laboratoire informatique, un homme brillant mais excentrique. Ada accompagne son père tous les jours au laboratoire, et devient vite une petite prodige, aimant résoudre les énigmes et casse-tête proposés par son père. Les années passent, l’intelligence artificielle développée par le laboratoire de David évolue… et la mémoire de David décline, le rendant bientôt incapable de s’occuper d’Ada. Recueillie par une collègue et amie de son père, Ada réalise alors qu’elle ne connaît rien du passé de son père, et qu’il ne sera bientôt plus suffisamment présent pour répondre à toutes ses questions.

Je l’ai déjà évoqué ici, la question de la mémoire et surtout de sa perte est quelque chose qui me fascine autant qu’il m’effraie, et je savais donc que ce livre risquait d’être assez difficile à lire à certains niveaux. Je ne me suis pas trompée, et j’ai littéralement pleuré lors de certains chapitres décrivant l’évolution de la maladie et ses effets sur David, qui se retrouve trahi par un cerveau sur lequel il s’est reposé toute sa vie. Le livre ne tombe cependant jamais dans le misérabilisme : Ada vit des moments difficiles en voyant peu à peu disparaître son père, mais le ton n’est jamais larmoyant ou racoleur.

Avec en guise de fil rouge l’évolution d’une intelligence artificielle, Elixir, développée par le laboratoire de David, le roman traverse les années, passant naturellement des années 1980 au début du nouveau millénaire et ses nouvelles technologies informatiques, liant Ada enfant, adolescente et adulte, et dévoilant peu à peu le passé de David. Connait-on vraiment bien ses parents ? Jusqu’à quel point l’humain peut-il fournir des réponses ? Deux portraits fascinants d’un homme et de sa fille, au fil des âges, mêlant habilement science et émotions.

Only humans can hurt one another, Ada thought; only humans falter and betray one another with a stunning, fearsome frequency. As David’s family had done to him; as David had done to her. And Ada would do it too. She would fail other people throughout her life, inevitably, even those she loved best

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