En finir avec le snobisme littéraire

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J’ai un lourd secret à vous avouer : j’ai longtemps été une snob littéraire. Du genre à froncer les sourcils et à secouer la tête d’un air désolé quand je voyais quelqu’un lire du Marc Lévy dans le métro, ou à hésiter à inclure un livre dans ma liste de lecture sur Goodreads parce qu’il ne me paraissait pas assez prestigieux.

Je me rendais bien compte que ce comportement était stupide, et puis j’ai lu un article qui a achevé de me convaincre de changer de ton : « Je ne lis plus et ça me désole », ou la cata culturelle du snobisme internalisé.

Cet article de blog traite de nombreuses choses : de la honte et la culpabilité de ne pas lire, ou de ne pas lire assez bien, ou assez souvent. Des impératifs sociaux qui nous matraquent que lire, c’est bien, et que tu es stupide si tu ne le fais pas. De la bienveillance qu’il faut avoir envers soi, car lire reste une activité, un loisir. Depuis quand on doit être super bon ou super productif dans un loisir ?

L’important est donc, en tant que lecteur, de se déculpabiliser. On a le droit de lire ce qu’on veut, peu importe l’auteur / le style / la qualité / le support. Beaucoup de gens sont persuadés qu’ils ne lisent pas, parce qu’ils ne lisent pas de livres. Mais on peut très bien lire un blog, un magazine, une fanfiction, un article… Tant que ça nous plaît, où est le problème ? J’ai parfois lu des romans de young-adult pas très bons, oubliés à peine la dernière page tournée. Dois-je en avoir honte, comme je le pensais à l’époque ? Non. Un lecteur n’a pas à avoir lu Homère, Kant et Shakespeare pour avoir le droit d’exposer ses lectures et son avis sur celles-ci. A partir d’aujourd’hui, j’arrête d’avoir honte de ne pas réussir à finir ce gros pavé un peu austère qu’est City on Fire, et de préférer lire des comics à la place.

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Et surtout, la phrase de cet article que j’ai le plus envie de retenir, c’est celle-ci : “Il faudrait être méchant envers les livres, pas envers les lecteurs.
Et ainsi arrêter de vouloir dissimuler la couverture du livre que l’on est en train de lire dans le train parce que c’est un roman Arlequin et pas du Dickens, et que vont penser les gens ? Arrêter de tenir compte de l’avis de gens qu’on ne connait même pas. Arrêter de se demander ce que les gens vont penser si on fait un faux-pas littéraire.

Ainsi, j’ai le droit de ne pas aimer les livres de Guillaume Musso. J’ai le droit de trouver qu’il écrit mal, qu’il a un style épouvantable, que ses intrigues sont aussi intéressantes que la notice d’un détergent, et que son succès me dépasse. Par contre, j’arrête de regarder de travers ceux qui le lisent, et qui apprécient même leur moment de lecture. Qui suis-je, pour dire ce qu’il faut lire ou non ? Qui suis-je, pour gâcher leur moment de lecture ? Je n’aimerais pas qu’on me regarde avec condescendance parce que je lis du Anne Perry ou du Harlan Coben.

Alors promis, aujourd’hui, j’arrête.

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Bilan : lectures d’avril

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Quatrième mois de 2016, quatrième post pour revenir sur mes lectures des semaines qui viennent de s’écouler. Apparemment je ne poste plus que des bilans littéraires ici : je ne sais pas si je dois m’en inquiéter ou me réjouir qu’au moins, mon blog est alimenté une fois par mois.

 

Les Lumières De SeptembreCivil WarHoward the Duck, Vol. 0: What the Duck?
AtomkaThe Evil BeneathHarmonie

 En avril, j’ai lu :

  • Harmonie – Project Itoh – ****
  • The Evil Beneath – A. J. Waines – **
  • Atomka – Franck Thilliez – ***
  • Howard le Canard – Chip Zdarsky – ***
  • Civil War – Mark Millar – ****
  • Les Lumières de septembre – Carlos Ruiz Zafon – ***

IMG_6961 IMG_6960 IMG_6938Le mois d’avril a été encore moins fructueux que celui de mars (qui n’était déjà pas terrible) au niveau des lectures. Je pourrais dire que le fait que je relise la thèse de ma meilleure amie m’a ôté pas mal d’heures de lecture, notamment dans les transports, mais une fois cette tâche acquittée, le fait restait que je n’avais pas toujours envie de lire. Un sentiment très perturbant quand on lit d’habitude tout ce qui tombe sous la main, et qui m’a inquiété pendant la douzaine d’heure de TGV effectuée ce mois-ci : et si j’avais perdu le goût de la lecture ? Je ne pense pas que ce diagnostic soit le bon : j’ai pris du plaisir à lire les quelques ouvrages du mois, et ce même si j’ai dû me mettre un coup de pied aux fesses pour commencer ma lecture. Allez savoir.

Ainsi, en avril il y a quand même eu une uchronie inquiétante, un polar raté, un super-héros drôle, cynique et attachant, d’autres super-héros se bastonnant et faisant nettement moins rire, un thriller nucléaire comme Franck Thilliez en a le secret (et j’ai beau commencer à me lasser de ses personnages, il les manie toujours aussi bien), et des lumières de septembre poétiques mais un peu brouillonnes.

S’il ne fallait en retenir qu’un ?

IMG_6944Suite au Maelstrom, un cataclysme effroyable qui a failli éliminer l’espèce humaine, une nouvelle société a vu le jour sur Terre. Gouverné par des admédistrations, des institutions médicalisées, ce nouveau monde, grâce à la nanotechnologie, considère la santé et la vie humaine comme sacrées. Chaque individu adulte a en lui un WatchMe, permettant à l’Organisation Mondiale de la Santé de réguler la santé de chacun et de s’assurer la disparition des maladies ainsi que des excès tels que la nicotine, l’alcool ou la caféine. Au milieu de ce monde aseptisé, et bien que travaillant pour l’OMS, Tuan Kirie se rebelle comme elle peut et tente de garder contrôle de son corps, élevé au rang de bien d’État. Alors qu’elle se rappelle sa révolte d’adolescente en compagnie de deux amies pour lutter contre ce vivisme ambiant, Tuan est confrontée à un groupe terroriste agissant à travers la planète, menaçant le pilier de cette nouvelle société : la vie humaine…

J’aime les uchronies et les dystopies, et n’ai clairement pas été déçue en ouvrant Harmonie. La forme du livre déjà, de la mise en page aux inscriptions de chaque chapitre, encadrent à merveille le propos et ne sont pleinement appréciées qu’à la fin de l’ouvrage (j’adore me faire avoir et n’assembler toutes les pièces qu’à la fin de l’histoire), donnant toute sa puissance au discours. Le monde décrit dans ces pages est tout bonnement effrayant : un culte de la santé, une désappropriation totale du corps par le citoyen et une uniformisation instaurée par l’État sont les piliers de ce monde blanc hôpital qui se pense quasi parfait. Cette obsession de la santé est visible dans tous les aspects de la société, et il est quasi impossible d’y échapper ; les citoyens trouvent normal, voire salutaire, que l’État ait pris contrôle du corps de chacun.

L’héroïne, Tuan, est l’une des rares rebelles de cette société. Si sa rébellion ne consiste, dans un premier temps, qu’en des actes mineurs et isolés (tromper son WatchMe pour pouvoir absorber de l’alcool par exemple), ses souvenirs nous dépeignent une Tuan autrement plus combative à l’adolescence. Le discours des trois jeunes filles paraît un peu cliché, il n’en est pas moins rassurant de voir des gens s’élever contre cette tyrannie de la santé, et ce même si cette opposition prend des proportions très pessimistes.

Harmonie n’est pas parfait, loin de là. Le discours tenu par l’une des adolescentes, amie de Tuan, est très cliché et finalement un peu convenu, tombant un peu à plat. Le style, peut-être passé à la moulinette lors des traductions, est un peu plat, froid. Il a peut-être pour vocation de retranscrire cette société aseptisée, mais il m’a empêché de rentrer immédiatement dans l’univers, me laissant sur le carreau pendant quelques chapitres. Certains dialogues sonnent également un peu faux. L’intrigue s’enchaîne cependant naturellement, avec une fin ambiguë mais réussie.

Mais il m’a surprise et enthousiasmée par son originalité, tant dans la forme que dans le fond, chose qui est malheureusement trop rare même sur des ouvrages coups de cœur. Un livre qui mérite les distinctions qu’il a reçues, et qui fait regretter la mort prématurée de son auteur. Harmonie fait partie de ces ouvrages qui vous restent dans la tête après en avoir fini la dernière page et refermé le livre. A relire régulièrement, pour en cerner toutes les subtilités et jouer à se faire peur.